Anne-Marie Albiach

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© Claude Royet-Journoud   

 

Du NOIR au BLANC la respiration du corps

La marge : la lame externe ou centrale tranche l'espace entre les masses monochromes. Support: l'inégalité des incisions joue avec le reflet probable. Une ligne en divise une autre, et la transparence tombe dans la faille du blanc latéral. L'écart produit la dimension d'un miroir, vers sa cavité l'équilibre se dénoue; respiration interne et alentour, le corps des structures, I'empreinte verticale comme ouverture de la ligne: irrégularités d'une droite perpétuée que notifient le BLANC ou le NOIR et leur mobilité adjointe.



 

Mathieu Bénézet

benezet© Jean Marc de Samie

Fragment d'une lettre. La peinture borde le corps; le contraire est acceptable. Ces mots que l'on ne dit pas les prononçant encore: «couleur» «ombre» «peinture» «corps» «tombe». Oui j'ai rêvé d'une peinture transparente et voir une main labile. Parler «pour Raquel»: j'entame une phrase sans langue. Qui me disait: «Elle a mis sa langue dans sa poche» ? Je ne sais pas si la peinture existe j'aime les tableaux de Raquel qui me disent je ne sais pas si la peinture existe.



 

Jean Daive

daive

 

Construire répéter dont prendre

n'est plus rien

que diviser la couleur.

Neutre: et - ce qui

retient la soie où le corps

opère une négation -

à la place de.

Le blanc parallèle à la verticalité.

Carré, où.

Que nous ne regardons plus,

ce.

 

 



 

 Jean-Marie Gibbal

Jean Marie Gibbal 

 

L’épaisseur du monde se dérobe. Se raccrocher à ce qui tient — la lumière tantôt déchirante entre deux masses sombres, tantôt en écharde sur la marge de colonnes sans fin. La rigueur n’est pas dans le trait droit, la qualité est dans la différence du nouveau et non dans la répétition de l’acquis. Raquel : un nom qui couv(r)e une peinture secrète, à l’heure où la lumière change avec le soir, sans justification réductrice de support ou de surface.

 



 

Emmanuel Hocquard

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Le temps de la mémoire, le mouvement qui agite dans l'air les feuillages plus légers, les hautes régions inhabitées des branches, sans point d'appui et sans bruit. L'air contre l'air en un lieu dépourvu de centre. Milieu de passage sans autres bords que le heurt familier des couleurs. C'est là. Quand un corps arrête la lumière, il fait de l'ombre sur le sol et cette ombre se déplace tout le jour jusqu'à la nuit: et dans la mémoire «des animaux se promènent la tête en bas» comme les images inversées que nous voyons dans l'eau.



 

Roger Laporte

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«la page est déchirée, pas la déchirure». Je ne suis pas le seul à reconnaître dans cette formule d'Alain Veinstein l'emblème de notre modernité: la peinture de RAQUEL l'accompagne, l'entend dans sa littéralité. La marge est déchirée, le centre est divisé ou plutôt subtilement dénivelé: seule la surface de l'entre-deux est paisible, mais en dessous quel secret rongement travaille ? Et qu'arrivera-t-il lorsque le bord, le tranchant viendra (re)couper le centre ?

 



 

Bernard Noël

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... derrière la surface: le lieu du travail. On ne le voit pas. Seul paraît le plissement de la respiration.

... souffle et silence: il faut que l'oeil entende et que les circuits de l'expression échangent leurs orifices.

... Raquel: nom pour nommer l'activité du bord, où l'extrême prend peau. 

 



  

Claude Royet-Journoud

royet journoud

 

Force du neutre. Espace que l’œil perçoit dans le manque. On jette un voile. On inachève. Le corps ici, et sa fonction. Délit de mémoire ! La narration nous abandonne à une scène sans emploi. Elle se lie verticalement au sens et dédouble son ombre.



  

Jacques Sojcher

  Jacques Sojcher

Noir ou blanc et marge et très léger déséquilibre (de quoi respirer soudain) ou bleu ou brun – l’espace accepte la couleur et la non-couleur. C’est au-delà, en deçà, soudain. Qu’importent les références (à Rothko, à Newman). Or c’est le rouge et blanc et noir. La déchirure, le livre déchiré (le partage, cette démesure). Un désir de toucher à distance, comme si le nom (Raquel) était le signe physique de la visibilité. Car c’est. Et le regard déborde. Alors revenir à l’œil, à ce qui déchire et exalte l’espacement, à la ligne et à la surface, à la mise en page savante, à l’évidence de la peinture.

 



 

Alain Veinstein

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... dans les triptyques par exemple, Raquel réitère un espace de vacuité (comme pour mettre l'accent sur son étendue), peint l'arrêt du travail à s'en démettre la main.

La réitération, ce travail noir, n'est pas la répétition. Trois coups: trois figures: c'est arrivé: il n'est plus temps. L'espace de la séparation a été attaqué. Les lignes brisées indiquent que la représentation elle-même a eu lieu. Ce qui arrive se place après dans l'espace et le temps et derrière toute histoire.

Cette peinture: postface, post-scriptum sans fin d'une histoire dont nous ignorons jusqu'au premier mot.

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